Newsletter - Le fil d'Agathe

Une identité entre deux mondes : regards croisés sur un retour au Vietnam

Marie et moi partageons plusieurs points communs : elle est coach et consultante en bilans de compétences, d'origine vietnamienne et a décidé de retourner vivre au Vietnam en 2025 avec son fils. Nous vous partageons notre retour d'expérience.
Une identité entre deux mondes : regards croisés sur un retour au Vietnam
Dans: Newsletter - Le fil d'Agathe

Bienvenue dans l'édition 8 de ma newsletter : Le fil d'Agathe !

Aujourd'hui est une édition spéciale car elle est co-écrite avec Marie Many.

Quand on fait connaissance en juillet 2024, on découvre qu'on a trois points communs :

  • on est d'origine vietnamienne
  • on est coach en reconversion professionnelle
  • on a le projet de repartir au Vietnam en 2025 !

Marie part avec son fils, moi avec mon compagnon. Elle est fille d'immigrés vietnamiens en France, moi adoptée par des Français. Deux parcours différents, qui se croisent et s'enrichissent. Avec une ligne directrice commune : se questionner sur nos identités.

Nos expertises de coach nous poussent à aller aux frontières de la connaissance de soi, car nous sommes passionnées et nos réflexions servent aussi nos métiers. Alors on a décidé de vous partager notre expérience au Vietnam dans nos newsletters respectives à travers un regard croisé.

Qu'est-ce qu'être Asiatique avec une culture française ? Comment s'adapter à un nouveau pays, si familier et si différent ? Qu'est-ce que cela vient provoquer et bouger en nous ?

Bonne lecture !


Un visage vietnamien, une identité française

Marie

Depuis mon enfance, j’ai développé une double identité : Marie la Française à l’extérieur, Chuột (Souris, mon surnom) la Vietnamienne à la maison. Parfois j’en étais fière, parfois j’en avais honte. Je ne mangeais pas les mêmes plats que mes copines, je ne savais pas expliquer les dents noires de ma grand-mère (Le nhuộm răng était une tradition vietnamienne où les dents étaient teintées en noir pour des raisons esthétiques, culturelles et protectrices, mais elle a disparu avec l’influence occidentale et la modernisation), j’avais deux nouvel ans chaque année… Née en France mais grandir avec la culture vietnamienne, c’était beaucoup d’incompréhension à mon jeune âge.

Parce que mon père était l’ainé de sa fratrie, il était de tradition que mes grands-parents vivent avec nous. Et avec 3 générations sous le même toit, on voyait très bien l’évolution culturelle de notre famille. Mes grands-parents ne parlaient pas un mot de français. Mon père, ayant fait ses études en France, le parlait bien, et ma mère a dû l’apprendre en arrivant. Quant à mes frères et soeurs et moi, nous parlions quasi exclusivement en français.

Agathe

Contrairement à Marie, je n’ai pas grandi dans la culture vietnamienne. Adoptée par des Français à l’âge de cinq semaines, je me suis toujours définie comme française. Mais avec une bizarrerie : mon apparence physique vietnamienne.

Cela crée une dissonance entre la façon dont les autres me perçoivent parfois de prime abord – comme une Asiatique – et la façon dont je me ressens – comme une Française. Une métaphore illustre bien cette dualité : on appelle les personnes comme moi des "bananes" – jaunes à l’extérieur, blanches à l’intérieur.

Revenir vivre au Vietnam, c’est plus qu’un voyage. C’est une quête identitaire. Une volonté de réconcilier ces deux dimensions de moi-même, au lieu de les dissocier.


La communication : entre surprise et malentendu

Agathe

Ici, au Vietnam, mon expérience est celle d’un malentendu constant.

Mon apparence pousse naturellement les Vietnamiens à me parler en vietnamien. Mais au bout de quelques secondes, mon regard interloqué et mes premiers mots les surprennent. Ils me demandent alors d’où je viens… et si je suis vraiment vietnamienne.

Ce qui est intéressant, c’est que je leur répondais jusqu'à alors "Je suis française", pour faire plus simple, sans mentionner mon adoption. Pourtant, la réponse complète que j’aimerais donner serait plutôt : "Je suis née au Vietnam et j’ai été adoptée en France." Je prends conscience que je suis responsable de la simplification de mon identité et me donne envie de mieux choisir mes mots la prochaine fois. Se définir, cela commence par la manière dont on se présente aux inconnus.

 Ma rencontre avec Phong, un Vietnamien parlant Français. 

Marie

A la différence d’Agathe, je peux dire que je suis née en France, avec des parents vietnamiens d’origine. Ce qui est drôle, c’est que parfois ils ne comprennent pas : “Mais si tu es née en France, comment se fait-il que tu parles Vietnamien ?” Et quand je leur explique brièvement mon histoire, je sens dans leur attitude un émerveillement. 

Aujourd’hui c’est de ça dont j’ai conscience. J’ai de la chance d’avoir vécu dans ces deux cultures et de pouvoir communiquer, et beaucoup de gratitude envers ma famille d’avoir su les faire cohabiter. Je ressens beaucoup plus de fierté que de honte à présent, et c’est beaucoup grâce au regard que les Vietnamiens portent sur moi.


(Ré)apprendre une culture

Agathe

Par rapport aux personnes qui ont grandi avec des parents vietnamiens à l’étranger, la culture vietnamienne ne fait aucun écho à mon enfance. Tout est à découvrir. Je suis une débutante totale.

Et c’est là toute la difficulté : une culture, ce n’est pas explicite.  C’est quelque chose qui se vit, qui se ressent, qui s’incarne. Il existe une multitude de manières subjectives de comprendre et de vivre une culture. Il n’y a pas de manuel expliquant les règles pour tout le monde qui s’intitulerait “La culture vietnamienne pour les Nuls”.

J’ai assisté à une conférence sur l’interculturalité… mais elle était animée par un Français. Et j’ai réalisé que ma compréhension du Vietnam passait souvent par un regard occidental.

Alors, je me demande : comment apprendre une culture de l’intérieur, sans filtre, sans interprétation étrangère ?

Marie

Je rejoins Agathe sur ce point. Une culture, ça se vit de l’intérieur. Et il est vrai que je n’ai jamais autant appris qu’en discutant avec des locaux qui n’étaient pas de ma famille. C’est là où je me suis rendue compte que c’est ce qui me manquait depuis toujours sur mon identité vietnamienne : des explications pour donner du sens.

Mes parents étant arrivés en France en 1975 (et du Laos, mais ça c’est une autre histoire !), ils sont nés avec la culture vietnamienne mais ont évolué avec la culture française. Ma mère m’a très justement fait remarquer qu’elle avait passé plus d’années à vivre en France qu’ici… Donc même si je ne pars pas de zéro, j’ai quand même une bonne mise à jour à faire sur mes connaissances !

Et le fait d’être ici et de le vivre, ça me permet de me faire ma propre expérience.


Ce que j’adopte… et ce que je garde à distance

Agathe

Par rapport à la culture vietnamienne, il y a des choses que j’adopte facilement et d’autres que je garde à distance. 

Ce que j’adopte facilement :

  • La nourriture : en particulier le bánh mì qui est un sandwich d’inspiration française dans une baguette de pain, et qui est d’ailleurs un bel exemple du mélange des deux cultures.
  • La communication directe : j’apprécie le fait de pouvoir aller droit au but avec mes interlocuteurs sans avoir à mettre trop de forme.
  • La spontanéité : ils osent exprimer pleinement leur joie et leur spontanéité, comme chanter à plein poumon dans la rue avec un micro et une enceinte qui fait résonner leur voix dans tout le quartier alors qu’en France nous serions terrorisés par le jugement des autres.

Ce que je garde à distance :

  • La séparation genrée des rôles entre hommes et femmes : j’observe des scènes où je vois les femmes en cuisine et les hommes attablés avec leurs bières. Un Vietnamien m’a aussi raconté une blague : “Quelle est la différence entre un couple européen et un couple vietnamien en voyage ? Dans le couple vietnamien, l’homme porte tous les bagages !”
  • Les obligations familiales qui semblent très importantes, et potentiellement contraignantes pour les Vietnamiens. Malgré le fait que j’ai une famille biologique vietnamienne ici, je peux facilement m’affranchir de cette pression grâce au joker de ma culture française.

Marie

Ce que j’adopte facilement :

  • Le Vietnam est le 2ème producteur mondial de café, et il y en a à tous les goûts ! Salé, coco, avocat, au lait, aux oeufs… Je me régale de la créativité des Vietnamiens autour du café.
  • La curiosité bienveillante. Il n’est pas rare que des locaux viennent se poser à côté de moi et me questionnent sur ma vie en France ou ma raison d’être ici. Et je ressens une réelle sincérité de leur part à faciliter mon intégration en me proposant leur aide en tout genre.
  • La résilience : en m’informant sur l’histoire du Vietnam et en me basant sur mon vécu personnel, je suis impressionnée par leur capacité à aller de l’avant sans se poser de questions. Ils sont très orientés solution, et c’est assez rafraîchissant !

Ce que je garde à distance :

  • Il y a un sujet qui revient de manière récurrente dans mes discussions aussi bien avec des locaux qu’avec des expats : la corruption. Que ce soit le petit billet dans le passeport à la douane ou à plus grande échelle, cela me rend méfiante dans mon investissement professionnel au Vietnam. 
  • Le manque de conscience environnementale : ici, tout est suremballé et le tri sélectif reste limité. Je constate que les choses évoluent peu à peu, mais comme toute nouvelle habitude, cela demande du temps.

Ma nouvelle normalité

Agathe

Cela fait désormais 1 mois que je vis au Vietnam. Je me sens pour l’instant comme un poisson dans l’eau. 

Après l’émerveillement des premières fois, il y a maintenant une forme d’accoutumance.

Je m’habitue aux paysages, je commence à adopter des réflexes vietnamiens et à me fondre dans l’environnement.

  • Je ne sursaute plus quand on me klaxonne. Ici, tout le monde klaxonne, non pas par agacement mais pour prévenir les autres usagers. 
  • Je roule en vélo en me faufilant habilement entre les scooters. Je roule quelques mètres à contre-sens le temps de m’insérer sur l’autre voie, je passe devant un autre scooter en toute tranquillité. Ici, chacun se fraie son chemin et personne ne s’énerve.
  • Je communique directement ce que je veux, sans chercher à rendre mes phrases compliquées avec “est-il possible de… ?”, "puis-je ?" ou "s’il vous plaît ?" (de toute manière, je n’ai pas le vocabulaire). Mon interlocuteur hoche la tête en signe de compréhension puis s’exécute.

De manière générale, je ressens moins le poids du regard des autres. Je me sens moins obligée de faire attention à mon apparence ou à mes manières qu’en France. Et j’admets que ça fait du bien !

Marie

Pour moi ça fait 2 mois, et j’ai envie de passer à la vitesse supérieure de mon immersion !

  • Vivre comme une locale : J’ai trouvé une maison à Hoi An pour quelques mois, une vraie opportunité pour me plonger dans la culture vietnamienne et tester mon projet de bilan de compétences immersif.
  • Tisser des liens authentiques : J’échange avec de plus en plus de Vietnamiens, et chaque conversation m’apporte une nouvelle perspective. Leur ouverture est inspirante, et je commence même à construire des partenariats passionnants.
  • Être un pont entre deux mondes : J’adore emmener mes amis expats dans mes spots secrets de street food ou leur faire découvrir des traditions vietnamiennes. Je réalise que ce rôle de facilitatrice culturelle me passionne !

Ce n’est pas toujours évident d’être entre deux cultures, mais l’accueil des Vietnamiens et la curiosité de mes amis me poussent à sortir de ma zone de confort. Et franchement, j’adore ça !


Une immersion… qui me transforme

Agathe

Finalement, cette immersion dans la culture vietnamienne n’est pas juste une quête identitaire. C’est aussi une expérience de développement personnel.

Elle m’autorise des choses que je n’osais pas en France. Elle réveille des parties de ma personnalité que j'ai étouffées après l’enfance : plus d’humour, plus de spontanéité, plus de créativité. 

Mais c’est aussi un processus sélectif. Je choisis ce que j’intègre, et ce que je laisse de côté. Parce qu’au fond, cette réconciliation identitaire, c’est peut-être juste ça : avoir le choix.

Marie

Moi je vis cette aventure comme une vraie réconciliation avec l’enfant que j’étais. De simples moments de vie ici réactivent des souvenirs d’enfance, comme le thé servi à tous les endroits, les intonations si spécifiques à la langue vietnamienne, le chant des femmes pendant leurs activités habituelles, l’art de vivre simplement…

Je redécouvre avec mes yeux d’adulte tout ce que je ne comprenais pas enfant, j’y trouve du sens et de l’inspiration à mon identité. Et beaucoup de fierté de le vivre avec Léo, mon fils de 11 ans, pour qui je l’espère lui permettra d’être à son tour fier de sa double culture.


Pour aller plus loin...

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