Ceci est le troisième chapitre de mon bilan 2025 : comment une année au Vietnam m'a transformée.
Si tu n'as pas encore lu les deux premiers chapitres, ils sont ici :
- Chapitre 1 : Française ou Vietnamienne ? La fausse question
- Chapitre 2 : Mes valeurs n'ont pas de passeport
Le Vietnam, machine à remonter le temps
Ce qui m'a le plus interpelée en vivant au Vietnam, c'est l'expérience d'habiter un pays en voie de développement.
A quoi cela ressemble de vivre dans un pays moins "riche" que le sien ? Pour moi qui n'ait vécu qu'en France, je n'en avais aucune idée auparavant !
En revenant de mon séjour au Japon (qui est un pays aussi moderne que la France et a réalisé sa révolution industrielle dès la fin du 19e siècle), je me suis rendue compte que voyager au Japon n'est pas aussi dépaysant que de voyager au Vietnam, quant bien même il s'agit d'une culture asiatique très différente de la nôtre. Pourquoi ? Car au Japon, les infrastructures sont similaires aux pays occidentaux, les magasins aussi, les tenues vestimentaires des gens, les voitures, les rues etc. C'est juste la langue qui change, à quelques détails près.

Avec ces deux photos, j'exagère le contraste. Si j'avais pris une photo des villes les plus développées du Vietnam comme Hô-Chi-Minh ou Hanoï, vous auriez vu beaucoup moins de différences. Mais la réalité, c'est qu'au Vietnam, le niveau de développement est très inégal au sein du territoire, entre les régions, entre les villes et les campagnes, et entre les quartiers au sein d'une même ville ! Après avoir beaucoup voyagé dans le pays, en particulier dans des zones peu touristiques, je peux vous dire que j'en ai vu beaucoup, des endroits comme la photo de droite.
Observer un pays en développement, c'est un peu comme voyager dans le temps, voir de ses propres yeux comment les choses se passaient autrefois, avant que tout ne soit aseptisé et modernisé.
En visitant mes parents vietnamiens, fermiers à la campagne, j'imaginais les scènes de la Bretagne où j'ai grandi, dans l'ancien temps. J'avais l'impression d'être dans la ferme de mes grands-parents adoptifs telle qu'elle devait être il y a soixante-dix ans, avec ma grand-mère bretonne et ses sabots chassant les oies dans le poulailler. Vous pouvez voir une scène de la vie quotidienne ici avec ma belle-soeur, mon père et mes neveux vietnamiens à la ferme.

La campagne, ce sont des gestes ancestraux répétés jour après jour. Une vie modeste, sobre, ancrée dans les saisons et le rythme de la nature. Des scènes que la France moderne a complètement effacées de son paysage.
Le Vietnam grandit à 7 % par an, une croissance vertigineuse que nous ne connaissons plus en France depuis très, très longtemps. Les chantiers se multiplient partout où on pose les yeux, les routes se refont à une vitesse impressionnante, les immeubles poussent comme des champignons après la pluie. McDonald's ouvre à Hoi An, cette petite ville touristique dont le charme est chaque année de plus en plus menacé. Le pays court après son développement comme un marathonien qui veut rattraper les premiers, veut rejoindre les pays riches le plus vite possible, brûler les étapes.

L'atmosphère est optimiste, presque euphorique par moments. Les gens croient dur comme fer en l'avenir, ont ce sentiment que l'économie est bonne et que tout va pour le mieux, qu'ils peuvent vivre dans une certaine insouciance. Il y a une énergie collective incroyable, cette impression que tout est possible, que demain sera forcément mieux qu'aujourd'hui. Cela fait du bien au moral, vraiment, surtout quand on vient d'un pays comme la France où le pessimisme ambiant pèse lourd sur les épaules.
Des Français de l'étranger installés ici, qui ont "fuit la France", j'en ai rencontré beaucoup. Bien sûr que la vie paraît plus douce au Vietnam, quand on a un pouvoir d'achat français, quand l'économie est bonne et que les gens ne parlent pas de politique. Le Vietnam se développe vite et rattrape à pas de géants son "retard", mais il reste encore tellement de choses à faire, de services à proposer, de compétences à transmettre. Chacun peut avoir la sensation qu'il peut lancer un business et réussir, juste en important un concept qui marche à l'étranger et n'existe pas encore au Vietnam.

Mais je reste lucide, parce que je vois aussi l'envers du décor, ce qu'on ne montre pas sur les cartes postales. Je vois les forêts anciennes rasées en quelques jours pour construire ces complexes touristiques de luxe qui vont accueillir les touristes du monde entier. Les inondations exceptionnelles de cette année, d'une violence inouïe, qui sont directement liées à cette destruction systématique de l'environnement. Sans arbres pour retenir la terre, les glissements de terrain se multiplient de manière dramatique. Le sol absorbe moins l'eau, et les dégâts s'amplifient d'année en année, de catastrophe en catastrophe.

Dans les parcs nationaux que nous avons visités, ces derniers refuges pour des espèces en voie de disparition, un des guides nous expliquait avec une résignation qui faisait mal à entendre que le gouvernement vietnamien privilégie les projets immobiliers sur la protection des espaces naturels. Ce qui rapporte de l'argent immédiatement, maintenant, tout de suite, passe avant ce qui pourrait sauver le pays à long terme. Une vision terriblement court-termiste, comme si personne ne pensait aux générations futures.

En observant tout cela, j'avais l'impression étrange et troublante de voir l'histoire se répéter devant mes yeux, comme un mauvais film qu'on rejoue encore et encore en espérant que la fin sera différente. La course à la croissance, le capitalisme débridé, la destruction de la nature au nom du profit : partout dans le monde, c'est exactement le même schéma qui se déroule, juste à des rythmes différents, avec un décalage de quelques décennies. Ce que l'Europe a fait il y a cent ans, le Vietnam le fait maintenant, et les conséquences seront les mêmes.
Le Vietnam n'échappera pas au réchauffement climatique ni aux catastrophes environnementales qui sont de plus en plus fréquentes. Son économie, aussi florissante soit-elle aujourd'hui, subira aussi les crises mondiales à venir. Nous vivons dans un monde globalisé. Cette interconnexion fait qu'aucun pays n'est vraiment à l'abri, personne ne peut se dire "nous, ça ne nous arrivera pas".
Suite à cette année passée au Vietnam, mes préoccupations environnementales se sont accrues. Cela m'a tout simplement sauté aux yeux en assistant au développement économique fulgurant du pays alors qu'en France, je n'aurais pas pu avoir cet électrochoc.
Heureusement, il existe des Vietnamiens qui sont sensibles à l'environnement et qui ont conscience des dynamiques en cours. Ce sont surtout les jeunes générations, celles qui ont étudié à l'étranger ou qui sont ouvertes à ce qui se passe ailleurs dans le monde. Mon amie vietnamienne Ngân, qui a 28 ans, a récemment rejoint une communauté de Vietnamiens acteurs du changement à Da Nang qui s'appelle VCIL. Ils parlent d'économie régénérative, d'innovation sociale, d'éducation alternative et de création de communautés apprenantes. Ils ont tous moins de 30 ans.
Aujourd'hui, je ne me vois pas du tout vivre au Vietnam comme certains expatriés Français qui profitent du pays en pensant que l'herbe est plus verte ici. Vivre dans une bulle confortable sous les tropiques en ignorant ce qui se passe autour de soi et dans le monde, c'est tentant, mais c'est vivre dans le déni de la réalité.
C'est pourquoi j'ai passé l'année dernière à lire beaucoup sur le sujet et à m'interroger sur la société dans laquelle on vit, sur notre économie, sur notre relation à l'argent, notre besoin d'ascension sociale, nos insécurités et notre rapport au travail.
J'ai moi-même été confrontée personnellement à ces tourments, et c'est ce dont je te parlerai dans ma prochaine newsletter : "J'ai oublié de vivre à force de travailler".
🌱 La ressource de la semaine

En parlant d'environnement et de notre impact sur celui-ci, j'ai regardé récemment cette incroyable série sur Arte : Une espèce à part.
Ce sont 10 mini-épisodes de 4 minutes chacun, très rapides et faciles à regarder, sur notre espèce humaine... sans la placer au centre (pour une fois !).
Cette série m'a donné une sacré claque. Elle remet les pendules à l'heure sur la perception que nous avons de nous-mêmes, m'a donné le vertige en même temps qu'une sensation de "wahou" incroyable par rapport à l'univers dans lequel nous avons la chance d'exister.
📰 En ce moment

Je profite de la vie à Hoi An, ma ville préférée au Vietnam. Avec mon compagnon, nous avons enfin trouvé une maison pour les 3 prochains mois. Je vais dans mes restaurants végétariens préférés, je revois mes amis et j'admire la nature environnante.
Mon mois de Janvier n'est pas un mois où tout redémarre sur les chapeaux de roue avec son lot de bonnes résolutions. Ce mode de vie hyper-productif, c'est fini pour moi. A la place, mon intention est de me ressourcer, de continuer à nourrir mes relations autour de moi et passer plus de temps à lire et à écrire.
A bientôt !

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